21 Oct Journal 11. Une expérience transformatrice au cœur du peuple Dong
En septembre dernier, Marie Ferrières est partie à la rencontre du peuple Dong, aux côtés de sa sœur Pauline, la cofondatrice française de DEYI 德逸. Marie nous livre à cœur ouvert son expérience transformatrice au sein des terres sacrées Dong.
Ayant vu le projet DEYI 德逸 naître et s’épanouir auprès de ma sœur Pauline, je pensais sincèrement en avoir compris tout le sens et la profondeur. Toutefois, je me rends compte aujourd’hui, après être allée à la rencontre du peuple Dong, que j’étais bien loin d’avoir saisi tout ce que ce projet éthique porte en son cœur.
Avant de partir, je pensais bien connaître la finalité du projet : soutenir l’artisanat textile de la communauté Dong aujourd’hui en voie de disparition ; rémunérer de manière juste et équitable les femmes gardiennes de cet artisanat dans les villages ; ou encore promouvoir de nouvelles manières de consommer, plus éthiques, plus responsables et en harmonie avec la Nature. Mais, avoir fait l’expérience de ce projet, dans mon cœur, en vivant auprès de femmes Dong, m’a permis d’acquérir une toute nouvelle perception de DEYI 德逸. Ce voyage m’a permis de lever le voile invisible sur la profondeur et la force de ce projet.
Il m’est d’ailleurs aujourd’hui difficile d’exprimer par des mots la profondeur de ce voyage initiatique lors duquel j’ai rencontré, par la Voie du cœur, le peuple Dong. En effet, il me semble que le langage ne permet pas de retranscrire la puissance de ces rencontres et le bouleversement intérieur que cela a créé en moi. C’est au niveau de l’Âme et du Cœur que cette vérité est inscrite et je crois intimement que c’est pour cela que DEYI 德逸 est si difficile à expliquer et à comprendre pleinement, sans avoir eu l’opportunité de l’expérimenter en soi. Toutefois, pour tenter de vous retranscrire un fragment de la puissance de ce voyage, je m’arrêterai sur plusieurs mots ayant résonné en moi, de manière inédite, durant cette expérience.

Marie à la découverte du village Dong de Zengying. Photographie de Noémie Kadaner
D’abord, “Authenticité”
Ce que je retiens intimement de cette expérience, c’est en effet l’authenticité de ce voyage. J’ai été frappée par la gentillesse du cœur et la pureté émanant de tous nos échanges avec le peuple Dong. Aucun artifice. Une authenticité brute nous touchant en plein cœur. Ces rencontres, regards et rires partagés, resteront gravés en moi pour l’éternité. Parmi ces rencontres, je voulais écrire quelques mots sur Yang Yi, une femme Dong lumineuse qui coordonne avec amour et fierté la coopérative de femmes artisanes. Elle m’est apparue comme un rayon de soleil qui passe en douceur par la fenêtre pour réchauffer et apaiser nos cœurs en hiver. Elle nous a ouvert, avec tout son cœur, la porte de son sanctuaire sacré pour nous faire découvrir la richesse et la beauté de la culture Dong qu’elle honore et protège quotidiennement. Grâce à elle, j’ai vraiment eu la sensation profonde de saisir intimement et de manière si authentique la culture Dong.

De gauche à droite : Yang Yi, Marie et Amélie à l'atelier. Photographie de Noémie Kadaner
Puis, “Holistique”
Avant de partir dans le Guizhou, j’ai souvent entendu ma sœur utiliser ce mot pour décrire le projet DEYI 德逸, sans véritablement comprendre le sens de cette expression. Là-bas, j’ai enfin saisi sa portée et sa justesse pour parler de ce projet. Ce mot permet en effet de décrire l’énergie circulaire, cyclique qui nourrit par essence le projet DEYI 德逸 et infuse profondément toute la culture Dong. J’ai notamment compris le caractère holistique du projet en étant témoin de toutes les étapes du processus de confection d’un tissu (du plant de coton au tissage, de la feuille d’indigo à la teinture…), et en découvrant la force de la communauté et les liens étroits de solidarité et d’entraide tissés entre les individus composant le peuple Dong. A travers un tissu DEYI 德逸, c’est toute l’histoire, les traditions et valeurs d’entraide d’un peuple qu’on touche du doigt.

Une artisane Dong fabriquant un tissu lustré traditionnel teint à l'indigo et à l'igname dans le village de Zengying. Photographie de Noémie Kadaner
Enfin, le caractère “Yi 逸” composant DEYI 德逸
À la lecture de ces quelques lignes, on pourrait croire que je suis restée des semaines, voire des mois dans le Guizhou. En vérité, je n’ai passé que quatre journées auprès de femmes Dong. Toutefois, j’ai expérimenté une toute nouvelle perception du temps : pour la première fois, j’ai eu véritablement l’impression de vivre « hors du temps ». Or, plus qu'être hors du temps, il s’agissait justement de vivre pleinement dans le temps, d’honorer l’instant présent. Loin des exigences capitalistes d’extrême productivité et de rapidité, j’ai vécu au rythme de la Nature, au rythme des métiers à tisser, au rythme des bains d’indigo, au rythme des chants Dong… Ces quatre jours, loin du capitalisme et de l’individualisme, paraissant durer des semaines, m’ont ainsi nourri profondément : vivre au cœur du peuple Dong en pleine harmonie avec la Nature a réchauffé mon Cœur et apaisé mon Âme. J’ai ainsi saisi intimement toute la puissance et la douceur que signifie le caractère Yi 逸 caractérisant si bien le mode de vie et la philosophie des peuples Dong.
Enfin, lorsque je ferme les yeux pour visualiser cette expérience, je vois une petite pierre précieuse ou un brillant coquillage scintillant de mille feux. Placé.e au creux de nos mains, nous n’avons qu’une envie : protéger et chérir ce trésor pour l’éternité. Je remercie ainsi infiniment Pauline, Zhang Xing et Yang Yi de m’avoir permis d’expérimenter, au plus profond de mon cœur, un fragment de ce trésor sacré. Je comprends aujourd’hui intimement la puissance et le sens profond du projet DEYI 德逸.

Portrait de Marie dans notre atelier de teinture à l'indigo. Photographie de Pauline Ferrières
Article écrit par Marie Ferrières
Photo de couverture de Noémie Kadaner
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