Journal 10. Retour aux sources

Après trois ans loin de son pays de cœur, la Chine, Pauline partage son expérience de retour dans les montagnes du Guizhou, au cœur de la sagesse du peuple Dong, là où tout a commencé pour DEYI 德逸.

J’ai quitté le Guizhou pour la dernière fois en janvier 2020, pour présenter notre collection de mode éthique à la Fashion Week de Madrid. À cette époque-là, j’avais le cœur rempli d’espoir, c’était la naissance de notre projet. J’étais bien loin de m’imaginer que nous nous apprêtions à vivre l’une des plus grandes pandémies de l’histoire. Nous allions être contraints d’être isolés, séparés les uns des autres, loin de la Nature… bien loin de l’essence même de DEYI 德逸.  

Notre ambition a toujours été de rassembler différentes communautés autour de valeurs qui nous sont chères : le respect de la Nature, la diversité culturelle et la célébration de l’héritage & des sagesses autochtones. Pendant trois ans, j’ai ainsi continué à faire résonner les voix des femmes Dong en Europe au sein des expositions et des projets artistiques que j’ai développés avec de précieux collaborateurs et collaboratrices. Cela n’a pas été sans difficultés, mais je n’ai jamais douté une seconde de poursuivre cette mission. C’est une véritable mission de vie, un appel du cœur.  

J’ai déménagé à Beijing à la fin du mois de juin 2023, quelques jours avant mon anniversaire. Mon retour sur ses terres qui m’inspirent tant était sans aucun doute le plus beau cadeau que la vie pouvait m’offrir. Bien évidemment, ce que j’attendais plus que tout, c’était de pouvoir repartir au Guizhou dans le comté de Rongjiang, dans les villages reculés Dong où vivent nos tisserandes. Ce que j’ai fait quelques jours plus tard, le cœur empli de gratitude. Les mots me manquent pour exprimer la magie de l’instant de mon retour dans nos ateliers. C’était un moment solennel, suspendu.

Vue sur les montagnes depuis notre atelier. Photographie de Noémie Kadaner

FEELING HOME, SE SENTIR CHEZ SOI

La générosité des femmes Dong n’a cessé de m’émouvoir durant mon voyage dans les villages reculés Dong. Nous sommes accueillis dans les familles comme si nous en faisions partie, toujours accueillis dans la joie, la légèreté, au cœur de l’authenticité. Bercées par les chants et les rires des femmes Dong, respirant le parfum enivrant des cuves d’indigo, je me sens plus que jamais à ma place. Se sentir chez soi à l’autre bout du monde… Je m’interroge souvent sur ce sentiment. Pourquoi me sentirais-je si connectée à une culture pourtant si différente de la mienne ? Pourquoi ai-je ce sentiment de me sentir chez moi dans un environnement qui est pourtant si loin de celui où j’ai grandi ? Je pense qu’il y a une forme d’universalité dans le mode de vie des femmes autochtones Dong, qui vivent au rythme des saisons, dans l’entraide et la simplicité, qui me touche profondément. Elles nous invitent à nous reconnecter à l’essentiel, à ce qui compte vraiment. 

Vue sur le village Dong de Zengying. Photographie de Noémie Kadaner

SI BEAU, MAIS SI FRAGILE

Plus que jamais, j’ai pris conscience durant ce voyage de la fragilité du mode de vie ancestral du peuple Dong. Leur artisanat textile d’une beauté inégalée, leurs chants de guérison, leurs rituels sacrés… C’est toute une culture qui est menacée de disparaître à l’ère de la technologie et de la modernité. Plusieurs villages que nous avons explorés sont désertés par les jeunes. Ces derniers partent dans les grandes villes pour gagner leur vie, car ils ne peuvent plus vivre de l’artisanat traditionnel comme le faisaient leurs ancêtres. En parallèle, de grands projets touristiques se développent dans le Guizhou pour partager la culture des minorités Miao, Yao & Dong au plus grand nombre. Bien que ce soit une mission louable, de nombreux villages qui s’ouvrent au tourisme perdent alors leur authenticité, leur âme. Certains villages se transforment en décor pour les touristes et les influenceurs qui se vêtissent des costumes dits traditionnels, pourtant fabriqués dans des usines de fast-fashion. 

Heureusement, des villages restent préservés comme le sublime village Dong de Zengying, où plusieurs des tisserandes de notre coopérative textile vivent. Elles travaillent de chez elles, ce qui leur permet de pouvoir s’occuper de leurs enfants et/ou petits-enfants, au cœur de la Nature, comme leurs ancêtres. Aujourd’hui, c’est plus d’une douzaine de familles Dong qui comptent sur nous pour vivre dignement de l’artisanat. Ces familles n’ont pas d’autres revenus que la vente de leurs tissus d’exception. Si vous souhaitez soutenir notre coopérative de femmes, n’hésitez pas à nous écrire (contact@deyi-living.com). Au-delà de commercialiser nos vêtements et décorations textiles réalisées avec les tissus Dong, nous vendons aussi directement les rouleaux de tissus. 

De gauche à droite : Yang Yi (coordinatrice de la coopérative textile), Zhang Xing & Pauline (co-fondateurs de DEYI) & Grandma Wu (artisane Dong). Photographie de Noémie Kadaner

NOUVEAU CHAPITRE

Je reviens de ce voyage alignée, infiniment reconnaissante, et plus que jamais consciente de la nécessité de poursuivre notre projet éthique. Les souvenirs auprès des femmes Dong, au cœur des rizières, sont innombrables et ineffables, et si riches d’enseignement. L’envie de partager ce sanctuaire de beauté et de spiritualité est immense. Aujourd’hui, nous réfléchissons encore à la manière de le faire de la façon la plus éthique, authentique et responsable possible. Nous souhaitons tisser des voyages initiatiques et des résidences artistiques, bien loin des circuits touristiques, au cœur de l’essence de la sagesse des femmes Dong.

Cet été, j’ai eu le plaisir de convier dans nos ateliers mes sœurs, Amélie & Marie, et Noémie, ma sœur de cœur, photographe et réalisatrice. Ensemble, auprès de nos sœurs Dong, nous avons prié, chanté, dansé, ri, dégusté des plats délicieux, teinté des étoffes…  célébrant la magie de l’instant présent, portées par l’énergie de la Nature et des ancêtres. Chacune de nous repart l’âme comblée d’amour, dans l’attente de revenir dans ces montagnes sacrées.  

Pauline, Zhang Xing et Yang Yi à l'atelier. Photographie de Noémie Kadaner

Merci à notre chère amie et collaboratrice, Noémie Kadaner, pour ces précieuses photos.

Article écrit par Pauline Ferrières

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